Il est pour moi des familles de thé qui ont fini leur évolution. Comme par exemple le thé vert, le thé rouge, le pu'er.
A proprement parler le règne végétal n'évolue pas, il s'adapte au biotope. C'est le genre humain qui va, au travers de ses expérimentations, guidé de son intuition, ses désirs et ses envies permettre un façonnage plus élaboré, un mode de préparation plus adapté. C'est en ces terme que je parlerais de l'évolution d'une famille de thé.
Comme beaucoup de personnes, j'ai abordé la famille des wulong par les thés à feuilles roulées et faible oxydation. Le Tie Guan Yin et le Dong Ding sont les plus connus et ceux auxquels ont accède facilement. Quand mes goûts ont commencé à se forger, j'avais tendance à délaisser ces thés que je considérais plutôt comme des thés verts. Ce qui n'est pas faux en soi.
Puis j'ai découvert qu'il existait dans cette famille de wulong des thés torréfiés. Agréable découverte, je pouvais inscrire ce type de thé parmi mes préférences. Chemin faisant, au fil des discussions et des lectures, il est apparu que la torréfaction est un façonnage "traditionnel". Cette méthode, cet art est utilisée pour permettre la conservation sur moyen ou long terme. Mais il y a un impératif pour les feuilles de faible à moyenne torréfaction, c'est de re-torréfier régulièrement, d'une année sur l'autre. Surtout sous les climats à forte humidité comme par exemple Taïwan, où de très grandes quantités sont stockées dans des conditions qui ne sont pas toujours optimales.
Pour une conservation idéale on place la récolte ou une partie du lot en jarre de porcelaine que l'on scelle avec de la cire de bougie.
Il existe des similitude fortes entre d'une part les wulong à feuilles roulées et faible oxydation et d'autre part le pu'er.
1/ Une feuille roulée est déjà une forme de compression. Ces thés se conservent et se bonifient sur plusieurs années. On parle même de vieux thés à partir de 15 voir 20ans.
2/ Les thés roulés à forte torréfaction ont une transformation accélérée comme le sont les pu'er cuits. Ils se consomment quelques mois après façonnage, à partir du moment ou le feu de la torréfaction est apaisé.
3/ Les thés roulés à moyenne torréfaction se laissent vieillir et bonifier comme les pu'er crus. Il n'est pas nécessaire de les re-torréfier régulièrement si le stockage en jarre de porcelaine est bien fait. La re-torréfaction est même déconseillée, car elle demande un savoir-faire. Si celle-ci est mal faite, le lot sera abîmé.
4/ Tout comme le pu'er, les thés roulés dont le Qi est décentré peuvent se conditionner pour la conservation à moyen ou long terme sous des formes anguleuse. La jarre carré ou rectangulaire trouvera son alter ego à la compression (sous forme de brique) pour le pu'er.
Les proportions idéales du volume sont 10/12/23.
5/ Pour conserver un thé sur plusieurs années, il est important d'avoir un poids minimum. Ce n'est pas un hasard si nos chères galettes de pu'er font 357 grammes. Par étude intuitive, j'estime à 320 gramme le poids minimum à conserver dans une jarre remplie jusqu'en haut.
Cependant il y a un bémol à ce beau tableau. Ces thés n'ont pas terminé leur évolution, pour la simple raison qu'il ne sont pas reconnus comme des thés de conservation. Il suffirait de quelques dizaines d'années pour que cela arrive.
Alors chers lecteurs et chères lectrices, intéressez-vous à cette famille "traditionnelle", à ce que cela peut procurer en vous comme plaisir, à ce que cela peut faire résonner et émerger en vous.
Et chaque tasse que vous dégusterez, chaque cession de Gong Fu Cha sera un pas de plus vers l'incarnation dans la matière de l'évolution de cette famille.



